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Islam Vs Islamisme.

Albert Camus: « Mal nommer les choses, c'est ajouter aux malheurs du monde ». Islam et islamisme sont autant synonymes qu’ils peuvent être antonymes et antagonistes.

D’ailleurs, autant une grande partie des musulmans ne sont pas dignes de l’islam exercé par le Prophète PSSL et sa première société-État, autant une grande partie des islamistes ne sont pas dignes de l’islam qu’ils prêchent comme fonds de commerce politique. Ils ne sont même pas dignes de ces musulmans éloignés par leur comportement de l’islam sous le poids des despotismes et des fatalismes.

Mais  si personne, excepté Allah, n’a le droit de juger « l’islamité » des musulmans, les musulmans ont le droit de juger l’islamité des islamistes, c’est-à-dire leur respect de l’islam, car ce sont eux qui prétendent incarner ou défendre cette religion.

Personne n’a le droit de condamner un malade (un musulman) de ne pas être en bonne santé (l’islam). Mais on a le droit, plutôt le devoir, de condamner, plutôt combattre, les médecins (les islamistes) qui prétendent soigner (islamiser) leurs patients (leurs coreligionnaires), mais qui ne font que les trahir : affaiblir leur immunité qu’est la piété spirituelle et la lucidité intellectuelle ; inoculer les infections sous couverture de la blouse blanche du toubib qu’est devenue la djellaba ou au nom de son stéthoscope qu’est devenue la barbe ; les vacciner avec le venin ; les gangréner avec l’hypocrisie ;  blinder la médiocrité funeste dans de soi-disant médicaments célestes ; produire ou légitimer la folie meurtrière qu’est le terrorisme ou l’hémorragie sanguinaire qu’est la guerre civile ; faire de l’islam un somnifère ou un boutefeu incendiaire ; faire de l’islam une drogue pour la nécrose paralysante ou pour la névrose mutilante…

La pire infection, c’est la peste quand les rats sont remplacés par des médecins pour la propager. La pire idéologie, c’est l’islamisme quand il devient un danger contre l’islam.

La proximité phonétique entre islam et islamisme et l’uniformité historique, pendant plusieurs siècles, de l’utilisation de ces deux termes ne leur donnent pas un sens commun ni une équivalence étymologique ou dogmatique. Jusqu’à la fin des années 80, islamisme était utilisé en Occident comme synonyme d’islam, mahométisme ou de religion mahométane. Des Croisades à Charles Martel, du Siècle des lumières à la vague migratoire le lendemain de la seconde guerre mondiale, de Voltaire à Etienne Dinet, de Maupassant à Ernest Renan, l’islamisme signifie islam. Après la chute du califat ottoman et la naissance des Frères Musulmans en Egypte, l’islamisme a acquis, auprès de certains, un deuxième sens, celui de nationalisme musulman, de réveil ou de renouveau islamiques. La mutation sémantique, autant rapide que négative, du terme islamisme est la conséquence de la fameuse Décennie noire algérienne ou de la dégénérescence politique de la dictature militaire : Révolte du peuple le 5 octobre 88, Printemps démocratique et victoires électorales islamiques en 90 et 91, coups d’Etat début 92, début de la guerre civile ou plutôt de la guerre contre les civiles. Et de la guerre contre les mots. Les mercenaires de plume de la junte militaire, et leurs alliés ou parrains en France, sont mobilisés pour diaboliser le terme islamisme et toutes les personnes qui s’y identifient. Mohamed Sifaoui est envoyé d’Alger sur le front français pour exciter l’opinion publique contre le spectre de l’islamisme, dont la France est malade, pour reprendre le titre de son premier livre. L’islamisme rejoint l’intégrisme qui est en vogue depuis la Révolution des Ayatollahs en 1979, puis rejoint, depuis le 11 septembre 2001, un cortège sémantique médiatique à la fois bruyant et confus : fondamentalisme, salafisme, terrorisme...

L’islamisme est utilisé depuis pour rebaptiser l’islam dans le but d’attiser l’islamophobie.. Pour lapider publiquement une femme qui refuse de se déshonorer ou de coucher avec la mode, on la traite de tous les noms en « isme », on la traîne dans la boue médiatique, on dresse des lois pour qu’elle dévoile sa chevelure, on la tresse avec l’échafaud laïque. Pour exécuter rapidement un résistant, on le harnache de plusieurs noms, intégrisme, fondamentalisme, islamisme, « barbu-isme » … on le marque au fer du terrorisme, on chauffe les médias qui poussent et pressent l’opinion devant les piloris, on installe une autre partie de la presse comme un peloton d'exécution, on le rase avec la mitraille. Face à ce constat sans appel, face aux massacres rhétoriques journalistiques, on a le droit de faire recours à ce jugement : l’islamisme est pour l’islam ce que le sionisme est pour le judaïsme : un mouvement identitaire et politique. Sauf que l’objectif de l’islamisme est que les pays musulmans vivent en paix avec l’islam et ressuscite la grande civilisation islamique. Sauf que l’islamisme, contrairement au sionisme, ne veut pas expulser un peuple de sa terre, ni asservir ou pervertir la finance mondiale, ni inféoder les médias occidentaux (surtout français), ni embrigader des Fourest et des Pujadas.

« L'islamisme, une doctrine radicale qui va contre l'islam » une tribune publiée dans Le Monde du 03.04.2012, par Jeannette Bougrab, en sa qualité de secrétaire d'Etat chargée de la jeunesse et de la vie associative. Une tribune qui commence par une attaque contre le rassemblement organisé par l’UOIF au Bourget, contre ses invités surtout, Al-Qaradaoui, contre Al-Jazira, contre l’UOIF, puis contre on ne sait qui en débitant n’importe quoi. « Près de 3 000 jeunes femmes résidant au Royaume-Uni auraient été victimes de crimes d'honneur ». « N'ayons pas la mémoire courte. Madrid, Londres, ou encore Paris ont connu des attentats sanglants au nom de Dieu. » « Avant de craindre l'amalgame, les musulmans doivent sortir de leur réserve et dénoncer les dérives fondamentalistes. » Et finit par « Il est donc temps pour la France "d'écraser l'infâme". »

L’islamisme est pour l’islam ce que les seringues sont pour le vaccin, ce que les tuyaux d’arrosage ou les rampes d’irrigation sont pour l’eau, ce que les générateurs d'hémodialyse est pour le sang. Contrairement à l’édito paternaliste de Jean Daniel, fin juillet 2013, «  L'islamisme contre l'islam », l’islamisme est pour l’islam, et surtout, l’islamisme est pour l’islam un chemin ou un moyen. Jean Daniel Bensaïd, dit Jean Daniel, natif de l’Algérie comme BHL, débute cette tribune d’endoctrinement par avouer que Le Pen pose les bonnes questions, puis affirme que « l’islam pose un problème et c’est aux musulmans qu’il le pose en premier lieu » ; avant de lancer la sentence : « le véritable ennemi de l'islam, ce n'est pas seulement l'islamophobie, c'est surtout et partout l'islamisme.»… et finit l’édito par un hommage à Valls. Quelques mois plus tard, sur iTélé le 4 novembre 2013, Luc Ferry compare l’islamisme au nazisme : « Le problème c'est la lutte contre quelque chose qui représente aujourd'hui un peu l'équivalent du nazisme dans les temps plus anciens. Je n'exagère pas en disant que l'islamisme radical aujourd’hui, et je ne parle évidemment pas de la religion musulmane. C'est un peu l'équivalent, avec l'antisémitisme, une espèce de mépris absolu des individus, des personnes, de la vie humaine. C'est aussi atroce dans son genre qu'a pu l'être le nazisme dans les années 30. (...) Il y a à la fois l'antisémitisme, le communautarisme, il y a le mépris de l'individu. Encore une fois je parle des islamistes fondamentalistes, je ne parle évidemment pas de la religion musulmane. Le Coran est un très beau texte, ce n'est pas de ça que je parle. C'est un peu la troisième guerre mondiale, il faut prendre les choses comme ça. C'est un problème mondial, il est gravissime. »

Ainsi, voilà deux intellectuels très écoutés, ou qui ont un large espace pour prêcher et exciter, un de gauche et un de droite, une idole d’une puissante chapelle médiatico-idéologique et un chevalier d’un puissant temple politico-philosophique, unis dans l’éloge du sionisme et la diabolisation de l’islamisme. L’islamophobie, comme la propagande, est diversifiée. La haine, comme l’establishment, est une et unie. L’islam, comme le monothéisme, est unique. L’islamisme, comme la révolution, est pluriel. La relation entre l’islam et l’islamisme c’est la relation entre le but et le moyen, entre le projet et les travaux, entre la destination et le trajet. L'islamisme n'est pas un projet de société mais un trajet d'Etat. C’est ainsi que les fréquentes erreurs ou les rares horreurs commises par l’islamisme salissent l’image de l’islam. Pour cela, le moyen doit s’imprégner du but, l’outil doit être de la même nature que l’objectif, l’islamisme, en tant que mouvement, doit respecter et pratiquer intégralement l’islam avant d’arriver à appliquer l’islam en tant que gouvernement. Le chemin est très long.

Le troisième rameau monothéiste s’appelle l’islam et non l’islamisme. Le judaïsme est une religion, celle des disciples du prophète Moïse. Le catholicisme est une religion, celle des disciples du prophète Jésus. La religion des disciples du Prophète Mohammed s’appelle l’islam et non l’islamisme, les adeptes de cette religion s’appellent les musulmans et non les islamistes. L’islam est une religion, ce n’est pas un régime politique; il peut s’accommoder de la République comme de la monarchie, de la démocratie comme de la dictature, même si le Coran est un long réquisitoire contre le despotisme.

Contrairement aux autres religions, l’islam ne doit pas son nom à une tribu ou à un homme. Le judaïsme renvoie à la Judée, le christianisme au Christ, le bouddhisme à Bouddha… Mais l’islam renvoie à un état vertical et horizontal. Etymologiquement, le mot islam a un double sens : soumission envers Dieu et paix envers tout ce que Dieu a créé, à commencer par les humains. Un hadith célèbre définit « le musulman est celui dont les gens vivent en paix vis-à-vis de sa langue et de ses mains. » dans ce hadith en arabe, musulman est un nom, paix est un verbe et ces deux mots se suivent et se confondent phonétiquement.

Contrairement à la propagande, les musulmans n’adorent pas un dieu qu’ils ont inventé. Allah est le Dieu que les anglais traduisent par God et les hébreux par Adonaï. Les musulmans croient dans le même Dieu et croient dans les prophètes envoyés comme Jésus et Moïse, dans les livres révélés comme l’Evangile et la Torah. Les musulmans sont « dans » et non en dehors du sillage religieux. Et ils n’excluent aucun prophète ni bannissent aucune religion. Contrairement à certains écrits déformés de certaines religions, l’islam et les musulmans respectent Dieu, ils ne considèrent pas que le septième jour représente Sa fatigue, qu’Israël représente la lutte entre Jacob et Lui. Les musulmans ne Le représentent qu’à travers 99 noms comme Infini, Absolu, Eternel, Puissant, Clément… Ainsi, ils respectent tous les prophètes, ne les diffament pas, ne les salissent pas, ne considèrent pas Lot comme incestueux, Jacob comme traitre, Ève comme coupable du péché originel, autres prophètes comme pécheurs. L’islam, c’est la religion du respect. Quand d’autres accusent Marie d’adultère, le Coran l’encense en la citant respectueusement 34 fois, dont 2 fois avec la formule « celle qui a préservé sa chasteté ». Quand d’autres accusent les juifs d’avoir tué Jésus, le Coran les exonère de son sang. Le Livre saint de l’islam cite le prophète du christianisme 25 fois sous le nom du Christ et 11 fois sous le nom de Messie, cite le prophète du judaïsme 136 fois dans 34 sourates, cite 43 fois le mot Israël dont 40 fois avec la formule enfants d’Israël.

Dans le coran, l’islamisme n’est jamais cité. L’islamisme, c’est un bouillon intello-psychologique et un brouillon sociopolitique pour faire vivre le coran sur terre, dans la société et dans la cité au sens grecque, c’est-à-dire l’Etat... Dans la vie des musulmans dans tous ses états .

 

 

 

 

"Je ne veux que la réforme, autant que je le puis. Et ma réussite ne dépend que d'Allah. En Lui je place ma confiance, et c'est vers Lui que je reviens repentant."

 

"En vérité, Allah ne change l’état d’un peuple (ou d’une communauté), tant que les [individus qui le composent] ne changent pas ce qui est en eux-mêmes."